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AI Act et conformité

Digital Omnibus : ce qui a changé dans l’AI Act en 2026

Depuis le 27 juillet 2026, l’AI Act a changé : haut risque reporté, article 4 assoupli mais maintenu, nouvelle interdiction au 2 décembre.

Thomas Couderq, Fondateur de Tokko

9 min de lecture

Vignette du blog Tokko : Digital Omnibus : ce qui change dans l’AI Act
Dans cet article

L’AI Act 2026 n’est plus tout à fait celui de 2024. Le Digital Omnibus sur l’IA, c’est-à-dire le règlement (UE) 2026/1744, est en vigueur depuis le 27 juillet 2026. Il reporte les obligations haut risque, conserve l’article 4 en l’assouplissant et ajoute une interdiction. Pour le cadre complet, voyez notre guide complet de l’AI Act.

À jour au 18 octobre 2026. Attention : le « Digital Omnibus » sur le RGPD et les cookies est un autre texte, non adopté (voir plus bas).

L’essentiel

  • Le Digital Omnibus sur l’IA est une loi : règlement (UE) 2026/1744, publié le 24 juillet 2026, en vigueur le 27 juillet 2026.
  • Seules les obligations haut risque sont reportées : au 2 décembre 2027 (cas d’usage de l’annexe III, dont les RH) et au 2 août 2028 (produits de l’annexe I).
  • L’article 4 sur la maîtrise de l’IA reste une obligation, au texte assoupli.
  • Une nouvelle interdiction s’applique au 2 décembre 2026 : les systèmes d’IA qui génèrent des images intimes non consenties (« nudification ») ou des contenus pédocriminels.
  • L’Omnibus sur le RGPD et les cookies reste une proposition.

Le Digital Omnibus sur l’IA : c’est quoi, et est-ce vraiment une loi ?

Oui, c’est une loi européenne. Le règlement (UE) 2026/1744 modifie le règlement (UE) 2024/1689 (l’AI Act) ainsi que deux textes sectoriels, sur l’aviation et sur les machines. Ce sont des modifications ciblées, dues surtout aux retards des normes techniques et des autorités nationales.

Du projet au Journal officiel : huit mois

DateÉtape
19 novembre 2025Proposition de la Commission (COM(2025) 836)
13 et 26 mars 2026Positions du Conseil (13 mars, selon le service de recherche du Parlement européen) et du Parlement (26 mars)
7 mai 2026Accord provisoire en trilogue
16 juin au 8 juillet 2026Vote final du Parlement (16 juin), adoption par le Conseil (29 juin), signature (8 juillet)
24 juillet 2026Publication au Journal officiel
27 juillet 2026Entrée en vigueur (le troisième jour suivant la publication)

La date à retenir est le 27 juillet (le 24 est celle de la publication), six jours avant le 2 août 2026, où les règles haut risque de l’annexe III auraient commencé à s’appliquer. Détail dans la fiche de procédure du Parlement.

AI Act 2026 : avant et après l’Omnibus

Le report ne concerne que le haut risque. Voici les dix changements qui comptent, avec l’article modifié ; sauf mention contraire, ils s’appliquent depuis le 27 juillet 2026.

Sujet (article)AvantDepuis l’Omnibus
Haut risque, cas d’usage de l’annexe III : RH, éducation, crédit, biométrie (art. 113)2 août 20262 décembre 2027
Haut risque, produits de l’annexe I (art. 113)2 août 20272 août 2028
Systèmes haut risque déjà sur le marché (art. 111(2))Mis sur le marché avant le 2 août 2026 : couverts seulement en cas de modification importanteMême règle, la date de référence devenant celle d’application du haut risque (par type et modèle) ; autorités publiques : 2 août 2030
Maîtrise de l’IA (art. 4)« garantir […] un niveau suffisant »« favoriser le développement », sans niveau individuel à garantir
Pratiques interdites (art. 5)Huit pratiques interditesUne interdiction en deux points (images intimes non consenties, contenus pédocriminels), à partir du 2 décembre 2026
Marquage des contenus générés, systèmes déjà commercialisés (art. 50(2), 111(4))2 août 20262 décembre 2026
Données sensibles pour corriger les biais (art. 10(5), nouvel art. 4 bis)Fournisseurs de systèmes haut risqueÉtendu aux déployeurs et à d’autres systèmes, toujours « strictement nécessaire » ; une faculté, pas une obligation
Enregistrement des systèmes de l’annexe III jugés non haut risque (art. 6(3), 49(2), annexe VIII)Neuf informations, dont un résumé des motifsEnregistrement maintenu, sept informations (motifs et États membres retirés)
Amende plafonnée au plus faible des deux montants (art. 99(6), 99(6 bis))PME, les trois niveauxS’y ajoutent les petites entreprises à moyenne capitalisation, pour les seuls niveaux 15 M€/3 % et 7,5 M€/1 %
Contrôle par le Bureau de l’IA (AI Office) (art. 75)Systèmes fondés sur un modèle d’IA à usage général du même fournisseurSeul compétent, y compris au sein d’un même groupe et pour les très grandes plateformes (avec exceptions), avec amendes et astreintes

Une « petite entreprise à moyenne capitalisation » n’est pas une PME : moins de 750 personnes et au plus 150 millions d’euros de chiffre d’affaires, ou 129 millions de bilan.

Article 4 : l’obligation de former est conservée, mais assouplie

L’article 4 s’applique toujours à tous les fournisseurs et déployeurs, quelle que soit leur taille, depuis le 2 février 2025. Son texte a été réécrit, non supprimé.

Avant, il fallait prendre des mesures « pour garantir, dans toute la mesure du possible, un niveau suffisant de maîtrise de l’IA ». Depuis le 27 juillet 2026, les fournisseurs et déployeurs « prennent des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l’IA par leur personnel » et par les autres personnes qui utilisent leurs systèmes d’IA pour leur compte. Le texte ajoute : « Cette obligation ne contraint pas les fournisseurs ou les déployeurs à garantir un niveau spécifique de maîtrise de l’IA par un individu. »

En pratique, ni certificat ni niveau à prouver par personne : il faut agir selon les rôles, et pouvoir le montrer est une bonne pratique. La Commission et les États membres doivent soutenir les entreprises, surtout les PME. L’article 99 ne fixe pas d’amende propre à l’article 4 ; les sanctions nationales, qui peuvent viser toute violation du règlement, ne sont pas encore fixées en France. Voyez qui former et avec quelles preuves, puis comment organiser la formation de vos salariés.

Proposition de la Commission et texte final : ce qui a bougé

La Commission voulait retirer l’obligation de formation aux entreprises ; le Parlement l’a rétablie, assouplie, et c’est sa version qui a été retenue. Beaucoup de pages en ligne décrivent encore la proposition de novembre 2025.

PointProposition (19 novembre 2025)Texte final
Report haut risqueConditionnel : 6 ou 12 mois après une décision de la Commission, au plus tard le 2 décembre 2027 et le 2 août 2028Dates fixes : 2 décembre 2027 et 2 août 2028
Article 4La Commission et les États membres « encouragent » les entreprises, qui n’ont plus d’obligationObligation maintenue, assouplie
Marquage, systèmes déjà commercialisés2 février 20272 décembre 2026
Nudification, contenus pédocriminelsAbsentsAjoutés, applicables le 2 décembre 2026
Enregistrement (art. 6(3))SuppriméMaintenu, allégé

Ce que l’Omnibus n’a pas changé

Ce qui s’appliquait avant s’applique toujours, sauf le haut risque.

  • Les huit interdictions d’origine s’appliquent depuis le 2 février 2025, reconnaissance des émotions au travail comprise.
  • La transparence de l’article 50 s’applique depuis le 2 août 2026 (information face à un chatbot, étiquetage des deepfakes), hors le délai de marquage vu plus haut.
  • Les règles sur les modèles d’IA à usage général (depuis le 2 août 2025) et les plafonds d’amende (35 millions d’euros ou 7 %, 15 millions ou 3 %, 7,5 millions ou 1 %).
  • La liste de l’annexe III, les définitions de base (système d’IA, fournisseur, déployeur) et le contenu des obligations des déployeurs (article 26).
  • Le RGPD : selon l’article 2(7) modifié, le règlement « n’a pas d’incidence sur le règlement (UE) 2016/679 », sauf pour les articles 4 bis et 59.

Ce que cela change pour votre entreprise

Ce n’est pas un avis juridique ; en cas de doute, voyez votre DPO ou votre juriste. Les mentions en italique distinguent obligation et bonne pratique.

Vous utilisez l’IA (ChatGPT, Copilot, un outil RH…)

Presque rien de nouveau avant le 2 décembre 2026, hormis la lecture de l’article 4.

  1. Article 4 : gardez vos mesures de formation et de consignes, et documentez-les. Obligation de prendre des mesures ; preuve recommandée.
  2. Avant le 2 décembre 2026 : ajoutez à vos usages interdits la génération d’images intimes non consenties de personnes identifiables et de contenus pédocriminels. Le déployeur est visé quand il utilise le système « dans le but de » les produire. Obligation à partir de cette date ; la charte IA est une bonne pratique.
  3. Deepfakes : l’étiquetage s’applique depuis le 2 août 2026. Obligation.
  4. Outils RH (tri de CV, évaluation) : l’article 26 s’applique à partir du 2 décembre 2027. Le RGPD et le Code du travail s’appliquent déjà : information des candidats sur les méthodes de recrutement (article L1221-8) et, dès 50 salariés, consultation du CSE sur une nouvelle technologie (article L2312-8). Obligation. Demandez sa feuille de route AI Act à votre fournisseur : l’article 111(2) peut en principe laisser un outil déjà commercialisé hors du haut risque jusqu’à une modification importante, mais ne comptez pas dessus sans réponse écrite.
  5. Usages non déclarés : repérer la shadow AI reste la première étape. Bonne pratique.

Le Bureau de l’IA peut superviser certains fournisseurs d’assistants, mais vos obligations de déployeur restent contrôlées par les autorités nationales.

Vous développez ou intégrez de l’IA

Vous gagnez du temps, mais les lignes directrices de classification ne sont encore qu’un projet.

  • Système de l’annexe III jugé non haut risque (art. 6(3)) : documentez l’évaluation et enregistrez-le (enregistrement allégé).
  • Fonctions génératives commercialisées avant le 2 août 2026 : marquage lisible par machine au 2 décembre 2026.
  • Nouvelle interdiction : le fournisseur est visé si c’est la finalité du système, ou si ce résultat est « raisonnablement prévisible et reproductible » faute de garde-fous techniques adéquats.
  • Si un client transforme votre système en système haut risque, l’article 25 précise ce que vous lui devez (documentation, limites connues, accès technique), sauf si vous aviez clairement exclu cet usage. Les manquements sont désormais passibles d’une amende jusqu’à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial.
  • Les PME et les petites entreprises à moyenne capitalisation ont une documentation technique simplifiée, un système de qualité proportionné et un accès prioritaire au bac à sable européen.

Ce qui reste à venir

Au 18 octobre 2026, plusieurs pièces manquent encore.

ÉlémentStatut ou échéance
Lignes directrices de classification haut risque (art. 6(5))Projet publié le 19 mai 2026, consultation close le 23 juillet ; la Commission annonce la version finale avant l’application des règles haut risque
Normes harmoniséesEn cours, selon la même page de la Commission
Acte d’exécution sur les procédures du Bureau de l’IA (accès au dossier, garanties, prescription)Projet ouvert aux commentaires jusqu’au 9 novembre 2026
Échéances fixées par le texte1er août 2027 (lignes directrices sur l’annexe I) ; 2 août 2027 (actes délégués sectoriels, un bac à sable national par État membre) ; 2 septembre 2027 (modèle de plan de surveillance après commercialisation)
France : loi désignant les autorités et le régime de sanctionsNon adoptée : projet de loi voté par le Sénat le 18 février 2026 ; à l’Assemblée nationale, aucune étape depuis le 23 avril 2026

Et l’autre « Digital Omnibus » (RGPD, cookies, Data Act) ?

C’est un texte distinct, présenté le même jour que l’Omnibus IA, et encore à l’état de proposition : COM(2025) 837.

Parmi ses pistes : notifier une violation de données sous 96 heures, et seulement si le risque est élevé ; intégrer les cookies au RGPD ; admettre l’intérêt légitime pour développer des systèmes d’IA ; modifier la définition des données personnelles. Dans leur avis conjoint du 12 février 2026, les autorités européennes de protection des données (CEPD et EDPS) demandent de renoncer à cette dernière.

Au 18 octobre 2026, le dossier attend encore un vote en commission au Parlement européen. Le Conseil n’a pas de mandat : le texte était à l’ordre du jour des ambassadeurs des États membres les 7 et 11 octobre, mais selon Agence Europe, le vote a été reporté, puis le sujet n’a pas été discuté. Le RGPD et les règles cookies de la CNIL s’appliquent donc sans changement.

Que faire maintenant

  1. Vérifiez que vos mesures article 4 existent et laissent une trace.
  2. Ajoutez la nouvelle interdiction à votre charte avant le 2 décembre 2026.
  3. Interrogez les fournisseurs de vos outils RH.
  4. Pour former vos équipes, un cours Tokko de cinq minutes se joue sans inscription.

Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil juridique. À jour au 18 octobre 2026.

Questions fréquentes

Le Digital Omnibus est-il entré en vigueur ?

Oui pour la partie IA : le règlement (UE) 2026/1744 est en vigueur depuis le 27 juillet 2026. Non pour la partie RGPD et cookies, encore une proposition au 18 octobre 2026.

L’AI Act est-il reporté ?

Seulement pour le haut risque : 2 décembre 2027 (annexe III) et 2 août 2028 (annexe I). Les interdictions, l’article 4, les règles sur les modèles à usage général et la transparence s’appliquent déjà.

La formation à l’IA est-elle toujours obligatoire ?

Oui. Depuis le 2 février 2025, fournisseurs et utilisateurs de systèmes d’IA doivent prendre des mesures pour la maîtrise de l’IA de leurs équipes. Depuis l’Omnibus, aucun niveau individuel n’est à garantir.

Le Digital Omnibus modifie-t-il le RGPD ou les cookies ?

Non, pas à ce jour. L’Omnibus IA ne modifie pas le RGPD. Les changements évoqués pour le RGPD et les cookies figurent dans un autre texte, la proposition COM(2025) 837, encore en discussion.

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