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Gouvernance et charte IA

Shadow AI : définition, risques et comment l’encadrer

Comptes ChatGPT personnels, extensions, fonctions d’IA activées sans le dire : ce que recouvre le shadow AI, ses risques et comment l’encadrer sans l’interdire.

Thomas Couderq, Fondateur de Tokko

10 min de lecture

Vignette du blog Tokko : Shadow AI : définition et méthode
Dans cet article

Le shadow AI, ou IA fantôme, est l’usage au travail d’un outil d’IA que l’entreprise n’a pas validé : un compte ChatGPT personnel, une extension de navigateur, une fonction d’IA activée sans en parler. Il vient presque toujours d’un besoin réel, pas d’une mauvaise intention, et se traite par un cadre plus que par une interdiction.

La charte a son propre guide : rédiger une charte IA, avec le plan type et la procédure CSE. À jour au 18 octobre 2026.

L’essentiel

  • Ce qui rend un outil « validé », c’est le contrat et le compte, pas la marque.
  • Les études ne mesurent pas la même chose et ne se comparent pas : regardez qui a répondu, quand, et si c’est déclaré ou mesuré.
  • L’AI Act ne définit ni n’interdit le shadow AI, mais son article 4 demande des mesures de maîtrise de l’IA difficiles à adapter à des outils inconnus.
  • Ce qui marche : inventorier, fournir de bons outils, écrire des règles courtes, former, ouvrir un canal de demande.

Qu’est-ce que le shadow AI (IA fantôme) ?

Le shadow AI (ou shadow IA) est l’usage d’un outil d’IA, surtout générative, sans la validation de l’entreprise : sans son contrat, son compte, ses réglages. Cinq formes courantes :

  • un compte personnel sur un assistant (ChatGPT, Gemini, Claude, Mistral), même payant ;
  • une extension de navigateur « d’IA » ou de « résumé » ;
  • un bot de prise de notes invité en réunion ;
  • une fonction d’IA activée dans un logiciel approuvé, parfois par une mise à jour ;
  • un agent IA (un programme qui agit seul sur l’ordinateur) installé sur un poste.

Aucun texte français ou européen ne définit le terme. La Chambre des représentants américaine a interdit la version commerciale de Copilot à son personnel en mars 2024, puis annoncé en septembre 2025 l’accès de 6 000 collaborateurs à Copilot, après un accord avec Microsoft : même marque, autre contrat.

Shadow AI et shadow IT : quelle différence ?

Le shadow AI est un cas particulier du shadow IT (les outils utilisés sans l’accord de la DSI), aux risques propres.

Shadow ITShadow AI
ExemplesDropbox personnel, WhatsAppCompte ChatGPT personnel, extension de résumé, bot de réunion
Ce qui sortDes fichiersLe travail lui-même : prompts, documents, enregistrements
Ce que l’outil en faitLe stockePeut le conserver et, selon l’offre et les réglages, s’en servir pour s’entraîner
Où il se cacheApplications installéesAussi extensions, mises à jour, agents

Utiliser ChatGPT au travail, est-ce du shadow AI ?

Cela dépend du compte, pas de l’outil. ChatGPT Business ou Enterprise sur un compte professionnel validé : non. Un compte personnel, gratuit ou payant (Plus, Pro) : oui, même si l’entreprise encourage l’IA. Pour des usages non confidentiels, la CNIL envisage un service grand public avec une adresse professionnelle dédiée (juillet 2024) : vérifiez la règle de votre entreprise.

Le shadow AI en chiffres : ce que disent les études

Aucun chiffre unique : les études n’interrogent pas la même population sur la même question.

Ce que déclarent les salariés

ÉtudeQui, quandCe qui est dit
Ipsos bva pour Greenworking (conseil et formation)1 100 salariés du privé hors ouvriers, panel en ligne, 12 au 25 mai 202673 % utilisent l’IA générative au travail. Parmi eux, les outils validés par l’employeur servent systématiquement pour 37 %, pas toujours pour 39 %, jamais pour 16 %
Kantar pour Master the Monster (éditeur de logiciel)Actifs français, 2026, échantillon non publié46 % utilisent des outils choisis eux-mêmes, hors cadre fourni ; 47 % disent qu’aucun outil n’est fourni

Ne rapprochez pas ces résultats, et n’additionnez pas les lignes d’Ipsos bva.

Ce que mesurent les outils de sécurité

Une déclaration n’est pas une mesure. Le rapport 2026 de Netskope, éditeur de sécurité, analyse le trafic anonymisé de ses clients dans le monde, du 1er octobre 2024 au 31 octobre 2025. Ses clients sont surtout de grandes organisations : ces chiffres ne décrivent pas une PME française type.

  • 47 % des utilisateurs d’IA générative passent encore par des applications personnelles, contre 78 % un an plus tôt ;
  • la part des utilisateurs sur des comptes gérés par l’organisation est passée de 25 % à 62 % ;
  • les incidents de violation de politique de données liés à l’IA générative ont doublé en un an : 223 par mois en moyenne par organisation (code source 42 %, données réglementées 32 %, propriété intellectuelle 16 %).

Notre lecture : fournir des comptes gérés fait reculer l’usage personnel.

Pourquoi les salariés utilisent des IA non validées

Parce qu’ils ont un besoin et pas de réponse : chez Kantar, seuls 25 % de ceux dont l’employeur fournit un outil estiment qu’il répond à leurs besoins réels.

L’étude Inria–datacraft de juin 2025, qualitative (14 organisations, donc sans taux de prévalence), décrit des usages qui « répondent à des besoins concrets », souvent dans une logique de « bricolage ». Le flou pousse à se cacher : l’étude note un sentiment de « tricher » et la peur d’être sanctionné. Un cadre clair protège aussi les salariés.

Les risques concrets du shadow AI

Des données qui sortent sans contrat

Selon l’ANSSI, envoyer des données à un service d’IA générative grand public revient à les déposer sur un espace de stockage qui appartient au fournisseur (guide du 29 avril 2024). Quand un prestataire traite des données personnelles pour l’entreprise, l’article 28 du RGPD exige un contrat qui le lie à elle. Or un compte personnel lie le fournisseur au salarié, pas à l’employeur. Et dans le cas général, rappelle la CNIL, c’est l’organisme utilisateur qui engage sa responsabilité.

Le 6 août 2024, l’autorité néerlandaise de protection des données a indiqué avoir reçu plusieurs notifications de violation : des données médicales de patients saisies dans un chatbot d’IA par une personne d’un cabinet médical, un fichier d’adresses de clients chez un opérateur télécom (NOS). Coller des données personnelles dans un outil non validé peut constituer une violation de données, que l’entreprise doit évaluer avec son DPO ; en cas de risque pour les personnes, elle doit être notifiée à la CNIL, en principe sous 72 heures (article 33 du RGPD). Coller un texte public n’est pas forcément un problème.

Le secret des affaires

Dans son Flash n° 117 (décembre 2025), la DGSI décrit des salariés d’une multinationale française qui traduisaient régulièrement des documents confidentiels avec un outil d’IA grand public d’une société étrangère, sans l’aval de leur hiérarchie. L’article L151-1 du Code de commerce ne protège une information au titre du secret des affaires que si son détenteur prend des « mesures de protection raisonnables, compte tenu des circonstances ». Notre lecture prudente, sans jurisprudence connue sur l’IA : sans aucune règle, cette protection se fragilise.

Les fausses extensions et les agents

Selon les chercheurs de Koi Security, l’extension VPN gratuite Urban VPN Proxy captait depuis juillet 2025 les échanges avec ChatGPT, Claude, Gemini et d’autres ; sept autres extensions du même éditeur avaient la même capacité, soit plus de 8 millions d’utilisateurs potentiellement concernés (Infosecurity Magazine, décembre 2025).

Côté agents, le CERT-FR estime dans son bulletin du 13 avril 2026 qu’« en l’absence d’une politique de sécurité stricte du poste de travail », « le risque de Shadow IT et de perte de maîtrise du SI est élevé ». Il demande de proscrire sur les postes les assistants autonomes comme OpenClaw tant qu’ils ne sont pas éprouvés, et l’installation d’outils non validés par les équipes informatiques et sécurité. Ce sont des recommandations, pas des obligations.

Les fonctions d’IA cachées et les résultats faux

En février 2026, le Parlement européen a désactivé par précaution les fonctions d’IA intégrées aux appareils de travail des députés, par crainte d’exposer des données à des fournisseurs extérieurs (OCDE, d’après Politico). Et hors cadre, personne ne relit : le guide d’usage de l’IA de l’État (juin 2026) prévient que l’IA « peut inventer des informations de toutes pièces ».

Une conformité AI Act à l’aveugle

L’AI Act ne définit ni n’interdit le shadow AI. Mais l’article 4 du règlement (UE) 2024/1689, applicable depuis le 2 février 2025 et dans sa rédaction en vigueur depuis le 27 juillet 2026, demande aux déployeurs de systèmes d’IA de prendre « des mesures pour favoriser le développement de la maîtrise de l’IA » de leur personnel, selon le contexte d’utilisation. C’est une obligation de moyens ; la Commission cite l’entreprise dont les salariés utilisent ChatGPT pour rédiger ou traduire.

Notre lecture, pas une position officielle : on adapte mal une formation à des outils que l’on ne connaît pas. Évaluer des candidats avec un outil d’IA touche en outre un domaine classé à haut risque, avec des obligations à partir du 2 décembre 2027. Voir l’obligation de l’article 4 et le guide complet de l’AI Act.

Comment détecter le shadow AI sans surveiller les salariés

Demander d’abord. Un court questionnaire anonyme (quels outils, quelles tâches, que vous manque-t-il ?) et un atelier par équipe rendent les usages visibles.

Ce que l’informatique peut voir, sans lire de contenu : les journaux de connexion unique (SSO), ceux du proxy ou du DNS avec un catalogue d’applications d’IA générative (le rôle des outils dits CASB), l’inventaire des extensions des navigateurs gérés, les notes de frais et les fonctions d’IA activées dans les consoles d’administration.

Les règles. D’après la CNIL (page du 9 juillet 2026), un dispositif de contrôle doit cumulativement satisfaire aux tests de justification et de proportionnalité, être soumis aux instances représentatives du personnel (le CSE, dans les entreprises d’au moins 50 salariés) et être porté à la connaissance des salariés. Une surveillance constante est excessive, et l’employeur doit vérifier qu’il n’existe pas de moyen moins intrusif. Textes cités : L1121-1, L1222-4 et L2312-38 du Code du travail. Faites valider votre dispositif par votre DPO et un juriste en droit social.

Encadrer plutôt qu’interdire : la méthode en 6 étapes

Une interdiction générale cache l’usage plus qu’elle ne le supprime. Selon Localtis, qui rend compte de l’étude Inria, les organisations qui ont bloqué ChatGPT « n’ont pas réduit les usages, elles les ont juste rendus invisibles ».

Bloquer quelques applications à risque reste courant (90 % des organisations clientes de Netskope en bloquent au moins une), mais toute restriction doit être justifiée et proportionnée (L1121-1). L’État, dans son guide de juin 2026 (sans valeur réglementaire, et présenté par Acteurs publics comme une réponse au shadow AI), autorise l’IA avec des outils désignés, des règles sur les données et des interlocuteurs identifiés.

  1. Inventorier les usages et les besoins. Questionnaire et données agrégées, comme ci-dessus. Les tâches citées disent quel outil fournir.
  2. Fournir des outils validés. Contrat de sous-traitance, comptes professionnels avec SSO, réglages vérifiés. Publiez une liste à trois niveaux (autorisé, sous conditions, interdit) qui précise l’offre et le compte : « ChatGPT Business via le compte pro : oui ; compte personnel, même payant : non ». Déployer ces outils peut exiger d’informer et de consulter le CSE : le guide de la charte explique quand.
  3. Écrire une charte courte. Quatre questions : quels outils, quelles données, faut-il dire qu’on a utilisé l’IA, à qui demander. Le plan type est dans le guide dédié.
  4. Former, par rôle et à partir des vrais usages. Selon la Commission, demander de lire les notices peut être inefficace. Une organisation interrogée par l’étude Inria fait présenter à ses équipes, en quinze minutes, leurs meilleurs prompts. Les cours de 5 minutes de Tokko vont dans ce sens, et le rapport de formation garde la trace pour l’article 4.
  5. Poser des garde-fous proportionnés. SSO sur les outils validés, courte liste d’applications bloquées, liste blanche d’extensions, prévention des fuites (DLP) sur les données sensibles, revue des droits d’accès des outils d’IA (R35 de l’ANSSI), agents limités à des environnements de test. Dans les limites posées par la CNIL ci-dessus.
  6. Ouvrir un canal pour demander un outil. Un formulaire, une personne responsable, un délai de réponse (dix jours ouvrés, par exemple : une bonne pratique, pas une règle), un contrôle rapide des risques (données, contrat, hébergement), une réponse publiée dans la liste. Le guide de l’État dit à qui s’adresser : hiérarchie, informatique, référent cybersécurité, DPO. Le canal transforme le shadow AI en feuille de route.

Indicateurs et premiers pas

Suivez quatre repères, revus tous les six à douze mois : la part de l’usage d’IA sur comptes professionnels, les demandes d’outils et leur délai de réponse, la part du personnel formé (que le suivi par équipe simplifie), les incidents signalés.

Cette semaine : envoyez le questionnaire, listez les applications d’IA visibles dans vos journaux SSO, publiez une page « outils autorisés et à qui demander ».

Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil juridique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le shadow AI ?

C’est le recours, pour le travail, à un outil d’IA hors du cadre fixé par l’entreprise : sans son contrat, sans compte professionnel, sans ses réglages. Il naît le plus souvent d’un besoin réel non couvert, pas d’une volonté de contourner les règles.

Utiliser ChatGPT au travail, est-ce du shadow AI ?

Cela dépend du compte et du contrat. Un compte professionnel validé n’en relève pas ; un compte personnel, gratuit ou payant, en relève si l’entreprise ne l’a pas validé.

Combien de salariés sont concernés en France ?

Cela dépend de l’étude. Selon Ipsos bva (mai 2026), 37 % des utilisateurs d’IA générative emploient systématiquement les outils validés par leur employeur ; selon Kantar (2026), 46 % des actifs utilisent des outils choisis eux-mêmes. Ces chiffres ne se comparent pas.

Un salarié peut-il être sanctionné pour une IA non autorisée ?

Utiliser l’IA n’est pas une faute en soi. Enfreindre une règle claire et valablement adoptée, ou divulguer des données confidentielles, peut en être une. Au 18 octobre 2026, nous n’avons trouvé aucune décision de justice française sur le sujet. La procédure est dans le guide de la charte.

Que dit l’AI Act sur le shadow AI ?

Rien, nommément. Mais l’article 4 demande des mesures pour favoriser la maîtrise de l’IA du personnel selon le contexte d’utilisation : difficile pour des outils inconnus. Détail de l’article 4.

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