ChatGPT et données confidentielles : ce qu’il ne faut jamais partager
Un contrat à résumer, un fichier clients à trier, une clé d’API à déboguer : les 8 catégories à garder pour soi et la marche à suivre après une erreur.
Thomas Couderq, Fondateur de Tokko
9 min de lecture

Dans cet article
- ChatGPT et données confidentielles : le test à faire avant de coller
- Les 8 catégories de données à ne jamais coller dans ChatGPT
- Secrets d’affaires
- Secret professionnel
- Ce qu’un juriste doit vérifier
- Que devient ce que vous collez dans ChatGPT ?
- Utiliser l’IA quand même : 5 réflexes et des prompts réécrits
- La check-list avant de coller
- J’ai collé ce que je n’aurais pas dû : que faire ?
- Ce que l’entreprise doit fournir
- Par où commencer cette semaine
- Questions fréquentes
- ChatGPT est-il confidentiel ?
- ChatGPT Plus ou Pro protège-t-il les données de mon entreprise ?
- Le chat éphémère suffit-il à protéger mes données ?
- Mon entreprise n’a rien dit : ai-je le droit d’utiliser ChatGPT ?
Ne collez dans ChatGPT que ce que vous pourriez publier sur un site accessible à tous. Les données personnelles, les dossiers clients, les secrets d’affaires, le code et les mots de passe restent dans l’outil validé par votre entreprise, ou ne sortent pas. À jour au 18 octobre 2026.
Dans son Flash ingérence économique n° 117 (décembre 2025), la DGSI décrit un cas anonymisé : dans une multinationale française, des salariés traduisaient régulièrement des documents confidentiels avec un outil d’IA générative grand public, sans l’aval de leur hiérarchie. Personne n’est négligent : on veut aller vite. Mais, pour l’ANSSI, envoyer des informations à un tel service « revient à déposer ces mêmes informations sur un espace de stockage leur appartenant ».
L’essentiel
- Test simple : si vous ne pourriez pas publier ce texte sur un site public, ne le collez pas dans un outil grand public.
- 8 catégories sont à garder pour soi, des données personnelles au secret professionnel.
- ChatGPT Plus ou Pro est un abonnement personnel : votre entreprise n’a aucun contrat de sous-traitance avec le fournisseur.
- Après une erreur : supprimez, révoquez les secrets, prévenez tout de suite.
ChatGPT et données confidentielles : le test à faire avant de coller
Pourriez-vous publier ce texte sur un site accessible à tous ? Sinon, ne le collez pas dans un outil grand public. Ce réflexe vient du guide d’usage de l’IA pour les agents publics de l’État (DINUM, juin 2026) : « Est-ce que je pourrais publier ces informations sur un site Internet accessible à tous ? » Si la réponse est non, « n’utilisez pas un outil commercial grand public ». Ce réflexe vaut dans toute entreprise. Les autorités vont dans le même sens, par des recommandations et non des lois :
- CNIL : « ne jamais partager d’informations confidentielles telles que des données personnelles, des données de l’entreprise ou de l’administration […] lors de l’utilisation d’un service grand public », selon ses questions-réponses sur l’IA générative (18 juillet 2024).
- ANSSI : sa recommandation R34 invite à « proscrire l’utilisation d’outils d’IA générative sur Internet pour un usage professionnel impliquant des données sensibles ». Le guide ANSSI-PA-102 (29 avril 2024) va jusqu’à écrire qu’il est « obligatoire de ne jamais intégrer de données sensibles de l’entité dans les requêtes des utilisateurs », mais il n’a pas de valeur légale contraignante.
Les 8 catégories de données à ne jamais coller dans ChatGPT
Ces bases sont des textes de loi, sauf la liste de l’ANSSI (§ 5.7 de son guide), qui est une recommandation.
| Catégorie | Exemples | Base |
|---|---|---|
| Données personnelles | Noms, e-mails, téléphones, « notre seule juriste à Lyon » | RGPD, art. 4 et 5 |
| Données sensibles | Santé, opinions, syndicat, religion, orientation, biométrie, infractions | RGPD, art. 9 et 10 |
| Données RH | Fiches de paie, évaluations, arrêts maladie, litiges, CV | RGPD, art. 4 et 9 |
| Données clients | Exports CRM, appels d’offres, dossiers sous NDA | RGPD, contrats, bonne foi (Code du travail L1222-1) |
| Secrets d’affaires et stratégie | Produits non annoncés, rachats, prix, feuilles de route | Code de commerce L151-1 |
| Finances, contrats, juridique | Résultats non publiés, contrats, contentieux | Liste ANSSI |
| Code source et secrets techniques | Code propriétaire, mots de passe, clés d’API, jetons | Liste ANSSI |
| Secret professionnel | Dossiers de patients, de clients, de justiciables | Code pénal 226-13 |
Une donnée personnelle n’est pas seulement un nom : le RGPD vise toute personne « identifiée ou identifiable », et la saisir dans un prompt est déjà un traitement. L’article 9 interdit en principe de traiter les données sensibles, sauf exception.
Secrets d’affaires
L’article L151-1 du Code de commerce protège une information secrète, à valeur commerciale, qui « fait l’objet de la part de son détenteur légitime de mesures de protection raisonnables ». Laisser coller des documents stratégiques dans un outil grand public, sans règle, peut fragiliser cette position. À notre connaissance, aucun tribunal ne s’est prononcé : c’est un risque, pas une certitude.
Secret professionnel
L’article 226-13 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende « la révélation d’une information à caractère secret » par une personne qui en est dépositaire par état ou par profession, ou en raison d’une fonction ou d’une mission temporaire (médecins, avocats, experts-comptables…). Envoyer des dossiers à un fournisseur d’IA fait courir un risque au regard de ce secret ; nous n’avons trouvé aucune décision qui y voie une « révélation ». Les avocats peuvent consulter le guide du CNB sur la déontologie et l’IA (mars 2026), les autres professions les consignes de leur ordre.
Ce qu’un juriste doit vérifier
Ces risques s’apprécient au cas par cas, avec votre DPO ou un avocat :
- Secret des affaires : les mesures de protection en place (charte, classification, clauses de confidentialité).
- Secret professionnel : si l’envoi à un fournisseur d’IA peut être une révélation dans votre profession, et les règles de votre ordre.
- RGPD : le rôle du fournisseur, le contrat, les transferts hors de l’Union européenne, et quand un collage devient une violation à notifier.
- Contrats clients : les clauses de confidentialité et de notification d’incident.
Que devient ce que vous collez dans ChatGPT ?
Sur un compte personnel, ce que vous collez est stocké par OpenAI et peut servir à l’entraînement. Voici ce qu’indique l’éditeur au 18 octobre 2026 :
- Entraînement. Sur les offres individuelles (Free, Plus, Pro), le contenu peut servir à entraîner les modèles, sauf si vous désactivez « Améliorer le modèle pour tous » (Paramètres > Contrôles des données). Même après ce refus, un avis positif ou négatif sur une réponse peut envoyer toute la conversation à l’entraînement, selon OpenAI.
- Conservation. Une conversation supprimée disparaît du compte tout de suite, puis des systèmes sous 30 jours, sauf obligation légale ou de sécurité. Les chats éphémères ne servent pas à l’entraînement, mais peuvent être conservés jusqu’à 30 jours « pour des raisons de sécurité ». Un fichier enregistré dans la bibliothèque, voire une mémoire, peut survivre à la suppression.
- Liens de partage. Depuis un compte personnel, toute personne qui a le lien peut lire la conversation. Fin juillet 2025, Fast Company a trouvé près de 4 500 conversations partagées indexées par Google.
- Aucun contrat. Avec un compte personnel, OpenAI agit pour son propre compte : votre employeur n’a pas avec lui le contrat de sous-traitance prévu par l’article 28 du RGPD. Payer Plus ou Pro n’y change rien.
Supprimer est une demande, pas une garantie. Dans le procès du New York Times contre OpenAI, une ordonnance américaine du 13 mai 2025 a obligé l’entreprise à conserver les conversations des comptes grand public, y compris supprimées. Selon OpenAI, cette obligation a pris fin le 26 septembre 2025, mais l’entreprise conserve encore des données historiques limitées d’avril à septembre 2025. Le procès se poursuit.
| Outil | Compte personnel | Compte fourni par l’entreprise |
|---|---|---|
| ChatGPT | Free, Plus, Pro : entraînement possible, désactivable | Business, Enterprise, Edu : pas d’entraînement par défaut, contrat proposé |
| Gemini | Une partie des chats relue par des personnes et gardée jusqu’à 3 ans | Workspace : pas d’entraînement sans autorisation, pas de relecture humaine |
| Microsoft Copilot | Réglages à vérifier | Compte professionnel : pas d’entraînement ; recherches web Bing soumises à d’autres règles |
| Mistral Vibe | Entraînement actif tant qu’il n’est pas désactivé | Enterprise : désactivé par défaut ; Teams : l’administrateur peut le désactiver |
D’après les pages d’OpenAI, de Google pour Gemini et pour Workspace, de Microsoft et de Mistral, consultées le 18 octobre 2026. « Par défaut » ne veut pas dire « jamais ».
Utiliser l’IA quand même : 5 réflexes et des prompts réécrits
- Demandez la méthode, pas le traitement : une formule Excel plutôt qu’un fichier de 800 clients.
- Remplacez par des repères : [NOM], Société A, des rôles, des fourchettes plutôt que des chiffres exacts.
- Pseudonymiser n’est pas anonymiser. Selon la CNIL, des données pseudonymisées « conservent donc un caractère personnel », puisqu’on peut revenir à la personne. Un âge, une ville et un métier rares suffisent à identifier.
- Ouvrez le fichier avant de l’envoyer : onglets masqués, commentaires et métadonnées partent avec lui.
- Ne partagez jamais un lien de conversation qui contient du travail.
| Prompt risqué | Pourquoi | Réécriture |
|---|---|---|
| « Rédige un avertissement pour Julie Martin, comptable, absente 6 fois en mars à cause de sa dépression. » | Donnée RH et de santé, personne identifiable | « Rédige un modèle de courrier de rappel des règles d’absence, ton neutre, avec les champs [NOM], [POSTE], [DATES]. » |
| Un export CRM de 800 lignes + « dédoublonne et segmente » | Données clients, fichier entier | « Mon tableur a les colonnes Nom, E-mail, Ville, Date du dernier achat. Quelle formule Excel repère les doublons d’e-mail ? » |
| « Mon client M. Durand, 54 ans, kiné à Rennes, a un redressement de 38 400 € : aide-moi à répondre » (expert-comptable) | Secret professionnel, identification par recoupement | « Un indépendant reçoit une proposition de rectification pour [motif]. Quelles sont les étapes et les délais de réponse ? » |
La check-list avant de coller
- Pourrais-je publier ce texte sur un site public ?
- Est-il dans l’une des 8 catégories ?
- Suis-je dans l’outil validé par l’entreprise, avec mon compte professionnel ?
- Ai-je besoin des données, ou seulement d’une méthode ?
- Les noms sont-ils remplacés par des rôles, les chiffres par des fourchettes ?
- Ai-je ouvert le fichier (onglets, commentaires, métadonnées) ?
- Ne reste-t-il aucun mot de passe ni aucune clé ?
J’ai collé ce que je n’aurais pas dû : que faire ?
- Arrêtez la conversation et n’ajoutez rien.
- Supprimez la conversation, le lien de partage s’il existe, la mémoire créée et le fichier de la bibliothèque. L’effacement des systèmes peut prendre 30 jours : ce n’est pas une garantie.
- Révoquez tout mot de passe, clé d’API ou jeton collé, et changez-le.
- Prévenez tout de suite votre manager, la DSI ou le DPO : ce qui a été collé, dans quel outil, avec quel compte.
- Côté entreprise, coller des données personnelles dans un outil grand public peut constituer une violation de données, que le DPO évalue (données, outil, compte, réglages). S’il existe un risque pour les personnes, la CNIL est notifiée sans retard et, si possible, dans les 72 heures après que l’entreprise en a pris connaissance (article 33 du RGPD) ; les personnes concernées sont informées si le risque est élevé (article 34). Dans tous les cas, « vous devez documenter en interne l’incident », écrit la CNIL.
- Tirez-en une règle, pas un coupable.
En août 2024, l’autorité néerlandaise de protection des données a fait état de plusieurs notifications de violation : des données médicales de patients saisies dans un chatbot par un salarié d’un cabinet médical, un fichier d’adresses de clients chez un opérateur télécom. Nous n’avons trouvé aucune sanction ni décision française sur ce sujet, mais « c’est l’organisme utilisateur qui engagera sa responsabilité légale en cas de mauvaise utilisation de l’IA par son personnel », rappelle la CNIL.
Ce que l’entreprise doit fournir
Demander de « faire attention » ne suffit pas. En France, 67 % des salariés qui utilisent l’IA déclarent recourir à des outils non fournis par leur entreprise, selon une enquête OpinionWay pour l’éditeur Cegid (500 salariés de bureau interrogés en France, mai-juin 2026). Ce shadow AI repose presque toujours sur des comptes personnels, donc sans contrat. L’entreprise doit offrir :
- Un outil validé sous contrat : contrat de sous-traitance (article 28 du RGPD), entraînement désactivé, comptes professionnels, partage restreint.
- Une charte. La CNIL recommande d’« encadrer l’utilisation d’un système d’IA générative par des politiques ou chartes internes, définissant clairement les usages autorisés et les usages interdits ». Voir comment rédiger une charte IA.
- Une formation. Depuis le 2 février 2025, l’article 4 de l’AI Act demande aux entreprises qui utilisent l’IA de prendre des mesures pour développer la maîtrise de l’IA de leur personnel ; voici comment former vos salariés à l’IA.
- Un canal pour poser une question ou signaler un incident sans crainte.
Par où commencer cette semaine
Diffusez le test du site public et la check-list, indiquez l’outil validé et à qui signaler une erreur. Tokko propose des cours de 5 minutes, dont « Ce qu’on ne colle jamais dans un prompt » : vous pouvez créer un compte gratuit (jusqu’à 5 personnes).
À jour au 18 octobre 2026. Cet article est informatif et ne remplace pas un conseil juridique.
Questions fréquentes
ChatGPT est-il confidentiel ?
Pas au sens où l’entend une entreprise. Sur un compte personnel, vos conversations sont stockées par OpenAI et peuvent servir à l’entraînement, sauf refus dans les réglages. Les offres Business, Enterprise et Edu n’entraînent pas les modèles par défaut et s’accompagnent d’un contrat.
ChatGPT Plus ou Pro protège-t-il les données de mon entreprise ?
Non. Ce sont des abonnements personnels, avec les mêmes règles d’entraînement que l’offre gratuite. Ce qui change tout, c’est un compte fourni par l’entreprise, sous contrat : ChatGPT Business, Copilot avec un compte professionnel, Gemini dans Workspace.
Le chat éphémère suffit-il à protéger mes données ?
Non. Il n’apparaît pas dans l’historique et ne sert pas à l’entraînement, mais OpenAI peut le conserver jusqu’à 30 jours pour des raisons de sécurité. Et il reste un outil grand public, sans contrat avec votre employeur.
Mon entreprise n’a rien dit : ai-je le droit d’utiliser ChatGPT ?
Cybermalveillance.gouv.fr conseille : « En cas de doute ou d’absence de politique, évitez de fournir à l’IA des informations sensibles ». Demandez à votre manager ou à votre DPO quel outil est autorisé. Le même site recommande d’utiliser « exclusivement le service d’IA souscrit par votre employeur ».
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